HexaOS

Portrait : Amina Bensaid, ingénieure kernel et visage de la nouvelle génération HexaOS

Amina Bensaid n’avait pas prévu de devenir une figure de la communauté HexaOS. En novembre 2024, cette doctorante en systèmes d’exploitation à l’INRIA de Rocquencourt a simplement posté un commentaire technique sur le forum de lancement. Cinq mois plus tard, elle coordonne le groupe de travail kernel, le plus complexe et le plus crucial du projet.

« J’ai grandi avec les pannes de Windows. J’ai décidé de comprendre »

Amina Bensaid est née à Lyon dans une famille où l’ordinateur familial tournait sous Windows 98. « Je me souviens très bien des écrans bleus, des virus, des ralentissements inexplicables. Je voulais comprendre pourquoi. À 14 ans, j’ai installé Ubuntu pour la première fois. Ça a changé ma vie », raconte-t-elle lors d’une visioconférence depuis son bureau de l’INRIA.

Après une licence de mathématiques à Lyon, un master en informatique à Paris-Saclay et une thèse sur l’ordonnancement dans les noyaux temps réel, Amina est aujourd’hui l’une des rares Françaises à contribuer directement au noyau Linux officiel — elle a eu trois patches acceptés dans le noyau 6.8.

Le défi technique d’un OS souverain

« Les gens imaginent que construire un OS souverain, c’est comme assembler des LEGO. La réalité est beaucoup plus complexe. Le noyau Linux a plus de 30 millions de lignes de code. Y ajouter des fonctionnalités de sécurité spécifiques aux besoins français — audit renforcé, chiffrement post-quantique, gestion des droits administratifs adaptée au droit français — est un travail de titan », explique-t-elle.

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Son groupe de travail a identifié une liste de 23 modifications prioritaires à apporter au noyau Linux pour un usage dans les administrations françaises. « Certaines sont simples. D’autres nécessiteront des mois de développement et de validation. Mais chacune est justifiée par un besoin réel de sécurité ou de conformité légale. »

« La souveraineté numérique, c’est notre Airbus »

« Mon père est arrivé d’Algérie avec rien. Il m’a toujours dit que la France lui avait offert quelque chose d’extraordinaire : la possibilité de contribuer à quelque chose de grand. Je veux que cette génération puisse dire qu’elle a construit la souveraineté numérique de la France, comme la génération précédente a construit Airbus », conclut Amina, avec une conviction qui fait taire les doutes.

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