Un rapport de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, publié en mars 2025, révèle pour la première fois le coût réel de la dépendance numérique de l’État français : 700 millions d’euros annuels en licences logicielles, dont 68% versés à des entreprises étrangères.

Une dépendance structurelle documentée

Le rapport, commandé par le député Renaissance Paul Midy, dresse un tableau alarmant de la situation informatique des administrations françaises. Sur les 1,04 milliard d’euros dépensés chaque année en logiciels, 712 millions vont à des éditeurs hors Union européenne, principalement Microsoft (380 M€), Oracle (95 M€) et SAP (87 M€).

Ces chiffres, obtenus après des mois d’investigation auprès de 42 ministères et établissements publics, sont jugés « conservateurs » par les auteurs du rapport, qui estiment que les dépenses réelles pourraient être 30% supérieures en intégrant les collectivités territoriales et les hôpitaux.

Windows dans les hôpitaux, les mairies, les tribunaux

Le système d’exploitation Windows équipe 94% des postes de travail dans les ministères français, selon le rapport. Cette dépendance concerne des environnements particulièrement sensibles : le système de santé (SAMU, hôpitaux, sécurité sociale), la justice, la défense nationale et les infrastructures critiques comme les centrales nucléaires.

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« Nous sommes dans une situation où le code qui tourne sur les ordinateurs de nos juges, de nos médecins et de nos agents de sécurité est écrit par des entreprises étrangères soumises à des législations étrangères », alerte le rapport. « Cela représente un risque systémique que nous ne mesurons pas encore pleinement. »

Le modèle Linux : une alternative crédible

Le rapport cite en exemple plusieurs expériences internationales réussies. La ville de Munich a migré 14 000 postes vers Linux entre 2003 et 2013, avant de revenir partiellement à Windows sous pression politique — une décision que de nombreux experts considèrent aujourd’hui comme une erreur stratégique. La Chine a déployé Kylin OS sur des millions de postes administratifs. L’Allemagne teste actuellement une migration de ses administrations fédérales vers une distribution Linux nationale.

En France, la Gendarmerie Nationale fait figure d’exception : depuis 2014, 95 000 postes tournent sous Ubuntu. Résultat : une économie estimée à 2 millions d’euros par an et une meilleure résilience face aux cyberattaques.

La réponse du gouvernement

Le secrétaire d’État au Numérique, Jean-Noël Barrot, a reconnu lors d’une audition parlementaire que « la question de la souveraineté logicielle est légitime et urgente ». Il a annoncé la création d’un groupe de travail interministériel chargé d’évaluer les scénarios de migration progressive. Les premières conclusions sont attendues pour juin 2025.

Pour HexaOS, ce rapport confirme l’urgence de l’initiative. « 700 millions d’euros, c’est précisément le budget qu’il faudrait pour financer une équipe de 7 000 ingénieurs pendant 10 ans, ou construire l’OS souverain le plus robuste d’Europe », analyse Julien Marchais, coordinateur technique de la communauté.

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