Une déclaration discrète mais potentiellement historique : en marge du Conseil numérique européen de Barcelone, les ministres chargés du numérique de France, d’Allemagne et d’Espagne ont signé une lettre d’intention commune visant à « explorer les conditions de développement d’un système d’exploitation open source d’intérêt européen ».
Un axe Paris-Berlin-Madrid inédit
La déclaration porte les signatures de Jean-Noël Barrot (France), Volker Wissing (Allemagne) et Óscar López (Espagne). Elle mandate un groupe de travail technique trilatéral, composé d’experts des agences nationales de cybersécurité (ANSSI, BSI, CCN) et des instituts de recherche publics (INRIA, Fraunhofer, CSIC), pour remettre un rapport de faisabilité avant la fin 2025.
« Trois des plus grandes économies européennes reconnaissent officiellement que la question mérite une réponse collective. C’est un tournant », analyse Cédric O, ancien secrétaire d’État au Numérique français, qui a longtemps défendu cette approche.
Le précédent Gaia-X comme modèle de gouvernance
Les trois délégations s’inspirent du modèle Gaia-X, l’initiative franco-allemande de cloud souverain européen, comme modèle de gouvernance. Si Gaia-X a subi des critiques sur son efficacité, il a prouvé qu’une coopération multinationale sur des sujets tech complexes était organisationnellement possible. Un OS européen bénéficierait d’une économie d’échelle considérable : mutualiser les coûts de développement entre 450 millions d’Européens change radicalement l’équation économique.
Les obstacles identifiés
Le groupe de travail devra surmonter plusieurs obstacles majeurs : harmoniser les exigences de sécurité très différentes des agences nationales, gérer les marchés publics selon les règles européennes, et surtout convaincre les administrations de chaque pays que la migration est techniquement et politiquement faisable. « Ce sera long et difficile. Mais l’alternative — continuer à dépendre d’acteurs extra-européens — est encore plus risquée », résume un conseiller technique ayant participé aux discussions.